Abrasax

L'étude d'Abrasax est à première vue aussi décourageante que l’on puisse l'imaginer. Ce nom est donné à une classe d'articles antiques en pierre de petites dimensions, gravés avec des chiffres et formules étranges, parfois complètement indéchiffrables, dont les spécimens peuvent être trouvés dans presque chaque musée et collection privée. Pour la plupart ceux-ci ont jusqu'ici résisté à toutes tentatives d'interprétation, bien qu’il soit imprudent de conclure qu'une connaissance plus pleine ne pourrait pas résoudre les énigmes qui restent indéchiffrables pour nous. De plus le vrai nom est Abrasax et non pas, comme c’est inexactement écrit, Abraxas, une lecture due à la confusion faite par les latins entre Sigma et Xi. Parmi les premiers gnostiques, Abrasax semble avoir eu des significations diverses. Basilide a donné ce titre à Dieu Tout-puissant et a prétendu que la valeur numérique de ses lettres a donné la somme de 365, parce qu’Abrasax est inclus dans le cycle solaire. Parfois le nombre 365 signifie les séries des cieux. A la suite de telles imaginations, il est facile de deviner le cours pris par la fantaisie gnostique libre, par laquelle ses adhérents se sont efforcés de découvrir la signification du mot mystérieux. Il est cependant erroné de nommer Abrasax toutes les pierres d'origine gnostique, comme cela a été fait jusqu'à présent. Ce nom ne s'applique pas aux talismans, pas plus que les noms de Jupiter et la Vénus ne s'appliquent pas au hasard à toutes les statues antiques. Abrasax est le nom donné par les gnostiques à la Déité Suprême et il est tout à fait possible que nous trouvions un indice pour sa signification étymologique dans les influences des nombres. C’est un sujet qui a animé l'ingéniosité de beaucoup de savants, mais il peut être dit que toutes les pierres gravées auxquelles on donne généralement ce nom retombent dans trois catégories : (1) Abrasax ou pierres d'origine Basilidienne; (2) Abrasaxtes ou pierres originaires des formes antiques d'adoration et adaptées par les gnostiques à leurs opinions insolites; (3) Abraxoïdes, ou pierres absolument non liées avec la doctrine de Basilide. Après Montfaucon, Bellermann a tenté une classification expérimentale des pierres gnostiques, qui cependant de nos jours est considérée comme complètement inadéquate. Son erreur en effet consistait dans le désir d’attaquer de front le gnosticisme. Kopp, doté de davantage de compétence et de patience, semble avoir compris dans une certaine mesure l’ampleur réelle du problème. Ad. Franck et beaucoup plus tard Moïse Schwab ont fait des recherches assidues en direction de la Cabale. "La démonologie conçue par les cabalistes" selon l'ancien auteur, "n'était rien plus qu’une personnification soigneusement réfléchie des degrés différents de vie et d'intelligence qu'ils ont perçus dans la nature externe. Toutes les croissances, forces et phénomènes naturels sont comme cela caractérisés." Le cadre ainsi fourni a besoin seulement d’être étendu indéfiniment pour inclure facilement les générations innombrables du gnosticisme. Le monde moral et physique entier, analysé et classifié avec une minutie incroyable y trouvera sa place. De là proviendrons aussi les listes déconcertantes des personnalités gnostiques. La difficulté essentielle cependant, résulte de la nomenclature du gnosticisme et ici le "Sepher Raziel" fournit une indication primordiale et de valeur. "Pour réussir dans les opérations de divination", il dit, "il est nécessaire de prononcer les noms mystiques des planètes ou de la terre." En fait, les pierres d'origine gnostique montrent souvent des dessins composés des lettres initiales des planètes. Un autre parallèle est encore plus suggestif. Les Juifs, comme c’est bien connu, ne prononceraient jamais le Nom ineffable Jéhovah, mais y ont substitué un autre nom ou une paraphrase; une règle qui s'est appliquée non seulement au Nom ineffable et ses dérivés, mais à d'autres aussi, en s’achevant, dans le but d’éviter la difficulté surgie, dans des séries de sons fantastiques que semblent d'abord tout simplement être le résultat d'une confusion désespérée. Il est devenu nécessaire de recourir à des permutations, à l'utilisation d'autres lettres, à des équivalents numériques et formels. Le résultat en était un vocabulaire bizarre, n’étant que partiellement expliqué, mais cependant révélant dans le gnosticisme l'existence de quelque chose de plus que de simples incohérences. Beaucoup de secrets du gnosticisme restent inexpliqués, mais on peut espérer qu'ils ne seront pas toujours enveloppés de mystère.

KING, The Gnostics and their Remains (Londres, 1887); BELLERMANN, Versuch uber die Gemmen der Alten mit dem Abraxas-Bilde (Berlin, 1817-19); DIETERICH, Die Abraxas (Leipzig, 1892); LECLERCQ, dans Dict. d'archéol. chrét. et de liturgie, I, 127 sq.; MATTER, Hist. du gnosticisme (Paris, 1843); MONTFAUCON, L'antiquité expliquée (Paris, 1722), II, 2, 353..

H. LECLERCQ

L'Encyclopédie Catholique, Volume I
Droit d'auteur © 1907 par Robert Appleton Société
Droit d'auteur d'Édition En ligne © 1999 par Kevin Knight
Nihil Obstat, le 1 mars 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censeur
Imprimatur. +John Farley Cardinal, Archevêque de New York